Santé

America First Global Health : une opportunité stratégique ou risque de dépendance pour les pays africains ?

America First Global Health : une opportunité stratégique ou risque de dépendance pour les pays africains ?

Dans un article publié le mardi 20 janvier par SciDev.Net, une série d’accords bilatéraux en matière de santé conclus entre les États-Unis et plusieurs pays africains suscite un débat. Entre promesses de renforcement des systèmes sanitaires et inquiétudes liées à la souveraineté, ces partenariats interrogent la gouvernance de la santé en Afrique.

« America First Global Health »

Quatorze pays africains, dont la Côte d’Ivoire, ont signé des accords de santé avec les États-Unis dans le cadre de l’initiative « America First Global Health ». Ces partenariats mobilisent d’importants financements destinés à la lutte contre les grandes maladies et au renforcement de la surveillance épidémiologique. En contrepartie, les États signataires doivent accroître leurs dépenses nationales et respecter des objectifs de performance précis.

La principale controverse porte sur la gestion des données de santé et le partage d’échantillons de pathogènes. Les accords imposent un signalement rapide et direct des épidémies aux autorités américaines, une pratique jugée déséquilibrée par plusieurs experts africains, qui craignent un affaiblissement des mécanismes multilatéraux et du contrôle continental sur ces ressources stratégiques, souligne scidev.

Le cas kényan comme signal d’alerte

Au Kenya, premier pays signataire, la justice a suspendu certains aspects liés au transfert de données sanitaires sensibles. Cette décision met en lumière les enjeux constitutionnels et de droits humains soulevés par ces accords. Pour les organisations de la société civile, les données de santé sont un bien public stratégique qui nécessite un encadrement juridique et démocratique renforcé.

Des experts estiment que ces accords peuvent limiter la capacité des États africains à définir librement leurs priorités sanitaires. Le financement conditionné à la performance risque de détourner des ressources nationales vers des objectifs définis à l’extérieur, au détriment de défis locaux émergents comme les maladies non transmissibles.

Des opportunités à encadrer

Si ces partenariats offrent des perspectives de renforcement des systèmes de surveillance et des capacités de laboratoire, leurs bénéfices réels à long terme restent incertains. Les spécialistes appellent à davantage de transparence, de contrôle parlementaire et de coordination régionale, afin que la coopération internationale en santé consolide les institutions africaines sans en réduire l’autonomie.

In fine, ces accords sanitaires offrent à l’Afrique des ressources et des outils essentiels pour renforcer la surveillance des maladies. Toutefois, sans garanties solides, transparence et coordination régionale, ils pourraient affaiblir durablement la souveraineté et la gouvernance sanitaire des États africains.

Auguste Beugré

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