Bamako, le mercredi 7 janvier 2026(SS)-Dans un environnement économique longtemps considéré comme moins favorable à la recherche scientifique de haut niveau, le Mali a pourtant vu émerger un centre de référence mondiale en recherche biomédicale : le Malaria Research and Training Center (MRTC). Une success story scientifique africaine, portée par une vision audacieuse, une stratégie centrée sur le capital humain et des partenariats solides. Publié en 2019 dans la revue Médecine et Santé Tropicales (Vol. 29, N°4), l’article scientifique signé par Abdoulaye Djimdé et ses collaborateurs revient sur cette expérience exemplaire intitulée : « Bâtir un pôle d'excellence en recherche biomédicale dans un environnement défavorable : le cas du MRTC au Mali ».
Une vision portée par des pionniers maliens
Le succès du MRTC est indissociable de l’engagement et de la clairvoyance de Feu Professeur Ogobara Doumbo et du Professeur Yeya Touré. Convaincus que la recherche de pointe peut émerger en Afrique, malgré des contraintes économiques majeures, ils ont fait le pari stratégique d’investir dans la ressource humaine. Cette approche a trouvé un terrain favorable après l’avènement de la démocratie pluraliste au Mali en 1991, période marquée par une ouverture institutionnelle et scientifique. Le MRTC s’est progressivement imposé comme un centre dédié à la recherche sur le paludisme, l’un des principaux fléaux sanitaires du continent africain.
Depuis 2003, le MRTC a franchi un cap décisif en réalisant plus de vingt essais cliniques de phase 1 et 2 de vaccins contre le paludisme. Une performance remarquable qui a hissé le centre au rang de référence africaine et mondiale en recherche clinique. Ces résultats n’auraient pas été possibles sans la construction d’infrastructures modernes, rendue possible notamment grâce à un partenariat stratégique avec les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis. Ce partenariat a permis d’abriter des laboratoires aux standards internationaux, favorisant ainsi l’attraction de financements supplémentaires issus d’autres bailleurs.
Pari de la durabilité
L’un des piliers du modèle MRTC réside dans sa politique ambitieuse de formation. Masters, doctorats et formations spécialisées ont permis de constituer une masse critique de chercheurs maliens hautement qualifiés, capables de conduire et de piloter des projets de recherche complexes.
Cette stratégie a garanti la durabilité des investissements, tout en évitant la dépendance excessive à l’expertise étrangère et favorisant l’appropriation locale des compétences scientifiques. La combinaison de plusieurs facteurs, capital humain, partenariats de qualité, réseaux scientifiques denses, infrastructures adaptées et vision à long terme a permis de créer un écosystème de recherche durable dans un contexte initialement défavorable. Aujourd’hui, les résultats obtenus par le MRTC nourrissent l’espoir d’un avenir scientifique prometteur pour le Mali. Ils démontrent que l’excellence en recherche biomédicale est possible en Afrique, lorsque les choix stratégiques sont cohérents et centrés sur l’humain.
Au-delà du cas malien, l’expérience du MRTC constitue une source d’inspiration majeure pour les pays africains souhaitant renforcer leurs capacités en recherche scientifique. Elle rappelle que la formation, la coopération internationale équilibrée et la vision nationale sont des leviers essentiels pour bâtir des centres d’excellence durables.
Quelques références bibliographiques
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Fabrice Nouzianyovo

