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Santé : l'ONG RAES forme les acteurs des radios de quatre pays ouest-africains, dont la Côte d'Ivoire, au changement social par divertissement

Santé : l'ONG RAES forme les acteurs des radios de quatre pays ouest-africains, dont la Côte d'Ivoire, au changement social par divertissement

Abidjan, le lundi 6 juillet 2026(SS)-Comment transformer une simple émission de radio en un puissant levier de changement social ? C’est le défi que s’est assigné l’ONG panafricaine RAES (Réseau Africain d’Éducation, de la Santé et de la Citoyenneté), en réunissant, au cours d’un atelier intensif de trois jours au Sénégal, des professionnels des médias communautaires et des leaders de la société civile venus du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Niger et du Sénégal.

Objectif : s'approprier les outils de la Phase 2 du programme mondial « C’est la vie ! » pour briser les tabous autour de la santé sexuelle et reproductive.

Dans la moiteur côtière de Toubab Dialaw dans le département de Thiès au Sénégal du 29 juin au 1er juillet 2026, les différents acteurs ont été outillés sur l'utilisation du kit radio saison 2 du programme c'est la vie (CLV).

Entre deux sessions de formation, les micros s'allument pour de faux, mais les débats, eux, sont bien réels. Contraception, violences basées sur le genre, mariage des enfants, avortement clandestin : des sujets graves, parfois inflammables, que ces artisans de la parole publique apprennent à apprivoiser pour mieux les porter à l'antenne.

Au-delà de l'information : le pouvoir de l' « Edutainment »

Pour l’ONG RAES, le constat de départ est clair : donner une information ne suffit plus pour faire évoluer les mentalités. « L'information consiste en une transmission unidirectionnelle de connaissances. Bien qu'elle soit importante, elle demeure insuffisante pour provoquer un changement durable de comportement », rappelle l'équipe de facilitation du RAES.

C’est ici qu’intervient l’Edutainment (l’éducation par le divertissement), une approche vulgarisée dans la sous-région par la célèbre série télévisée « C’est la vie ! ». En s'appuyant sur la fiction, le rire ou le drame, les animateurs captent l'attention de l'auditeur avant d'amorcer le débat de fond.

Pendant trois jours, sous la houlette d’experts en communication, les participants ont disséqué le nouveau guide radio baptisé « À toi de jouer ». Un outil conçu comme une véritable boussole pour structurer des émissions interactives et décentralisées. De la gestion du trac à la construction d'un conducteur d’antenne rigoureux, les journalistes ont révisé leurs classiques avec une règle d'or incontournable : la formule 20-80. À l'antenne, l'animateur ne doit occuper que 20 % du temps de parole, laissant les 80 % restants aux experts et, surtout, aux communautés.

La voix du terrain : des réalités plurielles, une même ambiance

L'un des points forts de cette rencontre a résidé dans le partage horizontal d’expériences (ou storytelling), où chaque pays a apporté sa pierre à l'édifice.

Au Niger, comme l'explique Idrissa, la stratégie passe d'abord par la diffusion de spots percutants sur les violences de genre pour préparer le terrain avant les débats.

Par contre au Sénégal, les participants ont souligné l'importance capitale des "marraines de quartier", ces leaders d'opinion dont le poids social valide les messages de santé auprès des familles.

Quant au Burkina Faso, l'on rappelle le pragmatisme indispensable des radios locales : face aux défections de dernière minute des invités en zone rurale, posséder un "plan B" est une question de survie pour l'émission.

La Côte d'Ivoire, qui était représentée par N'Cho Esther Shenain, Esmel Ess Emmanuel de la radio la Voix de la diaspora, Albain-Ade Dossou de Soungnon FM de Sinématiali et Yves Beh Bah de Fraternité FM de Blolequin, a expliqué l'avantage de la familiarité et du dialogue constant en amont entre les autorités locales, les acteurs des radios communautaires, les organisations de la société civile (OSC) et les populations.

En simulant des émissions en public au cours de l'atelier, notamment sur la déscolarisation des filles enceintes, les participants ont prouvé leur capacité à vulgariser des concepts juridiques ou médicaux complexes dans des formats dynamiques et accessibles à tous.

Rigueur scientifique et virage numérique

La Phase 2 du projet « C’est la vie ! » ne se contente pas de produire de la parole; elle veut en mesurer l’impact réel. L'ONG RAES a ainsi dévoilé le protocole strict des Clubs d’Écoutants.

Dans chaque pays, les radios partenaires piloteront des cohortes stables de 10 jeunes (respectant une parité de 60 % de femmes), dont les perceptions seront évaluées avant, pendant et après la campagne radio. Ce suivi scientifique permettra de cartographier avec précision l'évolution des comportements face aux Droits à la Santé Sexuelle et Reproductive (DSSR).

Par ailleurs, l’atelier a jeté les bases de l’avenir avec la présentation de la plateforme Oasis Training Center, développée en partenariat avec LAFAAC. Cette application mobile permettra aux professionnels des médias de poursuivre leur formation continue à distance (écriture de scénarios, production, techniques de réalisation) et de décrocher des certifications professionnelles reconnues.

Devenir des "relais" de changement

Les évaluations post-test confirment une nette montée en compétences des participants, qui repartent dans leur pays respectif avec le sentiment d'avoir franchi un cap.

« Vous êtes désormais les relais officiels du RAES », a lancé Eudes, représentant de l'ONG, lors de la cérémonie de clôture. « C'est à vous qu'incombe la mission de faire vivre ce dialogue social inclusif sur le terrain. », a-t-il ajouté.

Après plusieurs jours de formation à Dakar, les acteurs des médias ouest-africains s'apprêtent désormais à reprendre le chemin des studios. Avec une certitude partagée : la radio communautaire reste, plus que jamais, le cœur battant du changement en Afrique.

Rédaction

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