Bamako, le mardi 13 janvier 2026(SS)-Publié en décembre 2025 dans la revue Nature Genetics, l’article autobiographique du Professeur Guida Landouré, enseignant-chercheur à la Faculté de Médecine et d’Odontostomatologie de l’Université des Sciences, des Techniques et des Technologies de Bamako ( USTTB), retrace un itinéraire scientifique hors du commun : celui d’un chercheur africain dont le parcours marqué par les obstacles sociaux, institutionnels et scientifiques a contribué de manière décisive à l’avancement de la recherche en neurogénétique en Afrique et dans le monde.
Rien a priori ne prédestinait Guida Landouré à une carrière scientifique internationale. Dernier d’une fratrie de 28 enfants, né d’un accouchement non assisté dans une famille à faible taux d’alphabétisation, il grandit dans un environnement où l’accès à l’université demeure exceptionnel. Pourtant, contre toute attente, il intègre la faculté de médecine où naît sa fascination pour la neurologie, discipline qu’il décrit comme « mystérieuse » et encore largement méconnue en Afrique. Confronté à la souffrance de patients atteints de maladies neurodégénératives, rarement documentées sur le continent, il développe une profonde curiosité scientifique. Cette passion est renforcée par l’encadrement de son Directeur de thèse, Pr Moussa Traoré, puis par une rencontre déterminante avec Kenneth H. Fischbeck, chercheur au National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis qui l’oriente vers la neurogénétique.
Du laboratoire inconnu à la recherche de pointe
Faute de formation clinique spécialisée en neurologie au Mali, Guida Landouré s’engage dans la recherche en laboratoire, un domaine qui lui est alors totalement inconnu. Lorsqu’il rejoint le NIH en 2004, ses connaissances en génétique sont rudimentaires et les barrières linguistiques et culturelles pèsent lourdement. À plusieurs reprises, l’abandon le guette. Mais la détermination l’emporte. Dès 2006, il participe au lancement d’une étude pilote portant sur 27 familles maliennes atteintes de maladies neurologiques héréditaires. Les résultats sont révélateurs : plusieurs variants génétiques identifiées n’avaient jamais été rapportés, suggérant une richesse génétique encore largement inexplorée au sein des populations africaines.
Après l’obtention de son doctorat à l’University College London en 2011, le chercheur contribue à l’identification de gènes et de variants totalement nouveaux, tant chez des familles maliennes que caucasiennes. Ces découvertes confirment l’extrême diversité génétique des populations africaines et leur importance capitale pour la compréhension globale des maladies héréditaires. De retour au Mali, la même année, il fait face à un contexte politique et administratif difficile qui complique l’accès au financement de la recherche. La percée survient en 2013, avec l’obtention de la première subvention de l’initiative H3Africa, soutenue par le NIH et le Wellcome Trust.
Un impact scientifique et humain majeur
Grâce à H3Africa et à d’autres partenariats internationaux, les équipes dirigées par Pr Landouré étudient la génétique de l’épilepsie, de la déficience intellectuelle et des troubles de l’audition. Un laboratoire de biologie moléculaire est mis en place à Bamako, une animalerie expérimentale est créée et 35 professionnels de santé et chercheurs sont formés. Sur 471 familles examinées, les chercheurs identifient 101 variants génétiques jamais décrits auparavant dans des gènes associés à des maladies, ainsi qu’environ 46 gènes candidats potentiellement nouveaux. Deux d’entre eux, AP2A2 et RAI1, ont été validés par des études fonctionnelles en collaboration avec des laboratoires étrangers, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques. À travers son témoignage, publié dans Nature Genetics, Pr Guida Landouré livre un message fort : la recherche génétique mondiale ne peut progresser sans une représentation équitable des populations africaines. Son parcours démontre que le renforcement des capacités locales par la formation et le financement, est non seulement possible, mais indispensable pour réduire les inégalités en médecine génomique.
À l’heure où les financements internationaux se raréfient, il appelle à une mobilisation conjointe des gouvernements africains, des bailleurs de fonds et de la communauté scientifique internationale. Dans l’objectif de soutenir durablement la recherche sur le continent. Un parcours accidentel, devenu une référence scientifique, qui rappelle que l’excellence peut naître dans les contextes les plus improbables et transformer durablement la science mondiale.
Fabrice Nouzianyovo

