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Mali/6ème Journée Scientifique de Biologie : des chercheurs mettent l’accent sur l’apport des connaissances endogènes dans l’évolution des pratiques thérapeutiques

Mali/6ème Journée Scientifique de Biologie : des chercheurs mettent l’accent sur l’apport des connaissances endogènes dans l’évolution des pratiques thérapeutiques

Bamako, le jeudi 4 décembre 2025(SS)-La sixième édition de la Journée Scientifique du Département d’Enseignement et de Recherche (DER) de Biologie s’est tenue le 29 novembre 2025 sous le thème : « Sciences naturelles et culture : une synergie au service de la communauté ». Une rencontre marquée par des réflexions portées sur l’actualité scientifique et la valorisation du savoir biologique.

La conférence inaugurale a été prononcée par Pr Fana Tangara, Directeur général de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique. Il a indiqué que la science ne peut progresser sans tenir compte des pratiques, des traditions et de l’environnement social des communautés, soulignant que les avancées scientifiques sont inséparables d’une culture, d’une langue et d’un vécu collectif. Un message fort dans un contexte où l’ancrage local des recherches prend une importance croissante. Pr Fana Tangara, il est essentiel de comprendre que, depuis des générations, nos sociétés ont toujours vécu en étroite relation avec la nature pour se nourrir, mais aussi pour se soigner. Selon lui, la recherche pharmaceutique a puisé dans le naturel en s’appuyant sur les méthodes traditionnelles bien maîtrisées par nos ancêtres.

Pour lui, la science moderne ne doit pas se couper des savoirs anciens, mais au contraire chercher à dialoguer avec eux, évoquant la question des interdits dans les pratiques traditionnelles. Ces interdits, souvent considérés comme de simples croyances, reposent en réalité sur des faits empiriques et des observations fines du vivant. Pour lui, ces savoirs montrent clairement que la recherche traditionnelle et la recherche moderne sont intimement liées. Et surtout, la science contemporaine gagnerait à intégrer ces savoirs endogènes, fruit d’une longue expérience humaine avec la nature.

Connaissances endogènes

La communication des chercheurs a mis en lumière l’apport majeur des connaissances endogènes dans l’évolution des pratiques thérapeutiques. Le « bois sacré » par exemple a été présenté non seulement comme un écosystème à préserver, mais aussi comme une véritable bibliothèque vivante de soins et de prévention transmise de génération en génération. Un espace où nature, médecine et culture s’entrecroisent.

Pour Pr Alfousseyni Breteaudeau, la science est immatérielle, alors que le développement est matériel et les scientifiques cherchent à transformer l’immatériel en matériel. La thématique retenue s’inscrit dans la dynamique nationale de l’« Année de la culture », proclamée en 2025 par le résident de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta. Le DER de Biologie s’est approprié cette orientation pour positionner la science comme un vecteur de transmission culturelle et de service à la communauté.

178 travaux scientifiques présentés

La journée a également donné lieu à la présentation de 178 travaux scientifiques répartis en quatre grands domaines :

• 62 en Sciences agronomiques,

• 36 en Microbes et Santé humaine,

• 40 en Biochimie, Microbiologie et Nutrition,

• 40 en Écologie, Eau et Environnement.

Une structuration claire qui a permis de rendre les problématiques accessibles sans sacrifier la rigueur académique. Cette édition a accueilli 36 communications internationales, venues du Bénin, du Burkina Faso, du Cameroun, du Tchad, de la Guinée Conakry, de la Côte d’Ivoire, du Togo et de la RDC. Une participation qui a enrichi les échanges et renforcé les réseaux scientifiques africains. La recherche est coûteuse, selon Pr Alpha Seydou Yaro du Centre National de la Recherche Scientifique et technologique (CNRST). Parlant du financement de la recherche, il a lancé un appel au secteur privé : « le secteur privé doit pleinement s’investir parce la recherche est un domaine sans frontière, l’innovation, les inventions sont des activités qui ont besoin d’une grande mobilisation de fonds »

Valoriser les jeunes talents et stimuler l’excellence académique

Plusieurs prix ont été décernés, afin d’encourager l’innovation et la qualité des travaux.

Ont notamment été remis : le Prix Prof Alfousseyni Breteaudeau (Sciences agronomiques), le Prix Feu Prof Mamadou Coulibaly (Microbes et Santé humaine), le Prix Prof Bakary Cissé (Biochimie, Microbiologie et Nutrition), le Prix Dr Harouna Yossi (Écologie, Eau et Environnement) et le Prix Prof Assétou Founé Samaké, dédié à la meilleure communication féminine. Ces distinctions visent à valoriser les jeunes talents et à stimuler l’excellence académique.

La liste des lauréats dans les différentes catégories :

- Sciences agronomiques (SA): Salif Touré

- Microbes et Santé humaine (MSH) : Assetou Camara  

- Biochimie, Microbiologie et Nutrition (BMN) : Haoussatou Sidibé  

- Écologie, Eau et Environnement (3E) : Saran Diarra 

- Prix meilleure communication féminine : Haoussatou Sidibé

Reconnaissance d’instances régionales comme le CAMES et le CNLA

Les organisateurs ont rappelé que les travaux présentés bénéficient de la reconnaissance d’instances régionales comme le CAMES et le CNELA (Commission Nationale d'Établissement des Listes d'Aptitude), une garantie de crédibilité et un levier important pour la diffusion des résultats scientifiques. Depuis son lancement en 2020, la Journée Scientifique du DER de Biologie connaît une progression constante, tant en nombre de soumissions qu’en diversité disciplinaire. Un signe de maturité pour une communauté scientifique qui se structure et gagne en influence. Les échanges ont mis en évidence la nécessité de renforcer les passerelles entre les laboratoires, le terrain et les décideurs. Les travaux menés en santé, en agriculture, en environnement ou en nutrition offrent des pistes concrètes pour orienter les politiques publiques et stimuler les innovations locales. Une approche qui pourrait contribuer à bâtir une véritable économie de la connaissance. 

Cap sur les prochaines éditions

Pour les années à venir, chercheurs et responsables académiques ont plaidé pour un accès renforcé aux équipements scientifiques, davantage de mentorat, et une vulgarisation plus efficace des résultats auprès des écoles, collectivités et entreprises. Un appel a également été lancé pour mieux articuler recherche et culture, dans la continuité de l’Année de la culture 2025.

 Fabrice Nouzianyovo

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