Santé

Résistance aux antimicrobiens : À Abuja, l’Afrique s’apprête à accueillir le monde face à la menace silencieuse

Résistance aux antimicrobiens : À Abuja, l’Afrique s’apprête à accueillir le monde face à la menace silencieuse

Abidjan, le mercredi 15 avril 2026(SS)-Alors que la résistance aux antimicrobiens progresse à un rythme inquiétant à l’échelle mondiale, l’Afrique s’apprête à franchir un cap symbolique et stratégique. Du 28 au 30 juin 2026, le continent accueillera pour la première fois la Réunion ministérielle de haut niveau consacrée à cette menace sanitaire, à Abuja, au Nigeria.

Cet événement, encore peu médiatisé, pourrait pourtant marquer un tournant dans la gouvernance mondiale de la santé. Derrière cet acronyme technique se cache une réalité préoccupante, celle d’une perte progressive de l’efficacité des médicaments utilisés pour traiter les infections les plus courantes.

Une menace globale, aux impacts déjà visibles

La résistance aux antimicrobiens survient lorsque des bactéries, virus ou parasites évoluent au point de ne plus répondre aux traitements. Cette évolution rend certaines infections banales plus difficiles à soigner, prolonge les hospitalisations et augmente le risque de complications graves, voire de décès. À l’échelle mondiale, des projections évoquent jusqu’à dix millions de morts par an à l’horizon 2050 si aucune action d’envergure n’est engagée. Mais au-delà des projections, la crise est déjà perceptible dans plusieurs pays.

En Afrique notamment, la résistance aux antimicrobiens s’est progressivement installée dans les systèmes humain, animal et alimentaire. Elle circule de manière diffuse, portée par des pratiques comme l’automédication, l’usage inapproprié des antibiotiques et leur utilisation dans les filières d’élevage. Ce n’est pas un risque futur, c’est déjà une crise sanitaire silencieuse, dont les effets s’observent au quotidien dans les structures de santé.

Si la RAM est avant tout un phénomène biologique, elle révèle aussi des fragilités structurelles. Elle interroge la qualité des systèmes de santé, les modes de consommation des médicaments, mais aussi la capacité des États à coordonner des réponses efficaces. L’approche dite « Une seule santé », qui relie les dimensions humaine, animale et environnementale, s’impose aujourd’hui comme un cadre de référence. Pourtant, dans de nombreux contextes, sa mise en œuvre reste complexe.

La multiplicité des acteurs impliqués dans la lutte contre la RAM, qu’il s’agisse des ministères, des instituts de recherche ou des structures techniques, rend la gouvernance particulièrement délicate. Les responsabilités se chevauchent, les initiatives peinent à s’articuler et les réponses manquent parfois de cohérence. Il en résulte une gouvernance éclatée qui ralentit l’action, au moment même où la rapidité et la coordination sont essentielles.

C’est dans ce contexte que se tiendra la réunion ministérielle d’Abuja. Pour le continent africain, l’enjeu dépasse largement l’organisation d’un sommet international. Il s’agit d’une occasion de repositionner l’Afrique dans les discussions globales sur la santé, de porter des solutions adaptées aux réalités locales et de renforcer les mécanismes de coopération.

Lors d’un récent briefing mondial à l’intention des médias, des personnalités comme Dr Ayoade Alakija et Dr Jean Pierre Nyemazi ont rappelé l’urgence d’une mobilisation collective face à cette menace. Ils ont insisté sur la nécessité d’un engagement politique fort et d’une meilleure coordination entre les secteurs concernés.

L’Afrique face à ses propres défis… De la prise de conscience à l’action

Au-delà des décisions institutionnelles, la lutte contre la résistance aux antimicrobiens se joue également dans les comportements quotidiens. Elle se manifeste dans les pratiques d’automédication, dans l’accès parfois incontrôlé aux antibiotiques, dans les conditions de prise en charge, dans les établissements de santé, mais aussi dans les modes de production animale. Ces réalités soulignent l’importance d’une sensibilisation accrue des populations.

L’Afrique, bien que particulièrement exposée en raison de certaines vulnérabilités structurelles, dispose aussi de leviers importants. La prise de conscience progresse, des initiatives émergent et la volonté politique s’affirme progressivement. Le défi consiste désormais à transformer cette dynamique en actions concrètes, durables et coordonnées.

À Abuja, ce ne sont pas seulement des politiques de santé qui seront discutées. C’est la capacité des États à faire face à une crise complexe, transversale et silencieuse qui sera en jeu. Une crise qui, déjà, redessine les contours de la santé publique contemporaine.

Mamadou Traoré

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