Santé

Maladie du sommeil : voici où se cachent encore les mouches tsé-tsé en Côte d'Ivoire

Maladie du sommeil : voici où se cachent encore les mouches tsé-tsé en Côte d'Ivoire

Abidjan, le lundi 13 juillet 2026(SS)-La glossine ou mouche tsé-tsé n'a pas disparu de Côte d'Ivoire. Bien au contraire. Même si certaines espèces sont devenues rares au fil des décennies, cet insecte, connu pour transmettre la trypanosomose ou « maladie du sommeil » chez l'homme et une grave maladie chez les animaux d'élevage, reste présent dans une grande partie du territoire national.

C'est l'une des principales conclusions du premier atlas national des mouches tsé-tsé réalisé par des chercheurs de l'Institut Pierre Richet (IPR) à partir de données collectées entre 2005 et 2024.

Au total, près de 27 500 mouches tsé-tsé appartenant à neuf espèces et sous-espèces ont été capturées dans 32 départements ivoiriens. Les chercheurs ont notamment identifié une forte présence de ces insectes dans plusieurs localités du Sud, du Centre et du Nord du pays.

Selon cette étude publiée par le site Sciencedirect.com, consultée par Science et Société, la région d'Abidjan figure parmi les zones où les captures ont été les plus importantes, aux côtés de départements tels que Sinfra, Bonon, Bouaké, Kong, Nassian ou encore Agboville.

Un insecte redouté pour la maladie du sommeil

La mouche tsé-tsé transmet la trypanosomose humaine africaine, plus connue sous le nom de maladie du sommeil. Cette maladie est provoquée par un parasite injecté lors de la piqûre d'une mouche infectée.

Les premiers signes peuvent passer inaperçus : fièvre, fatigue, maux de tête, douleurs musculaires ou gonflement des ganglions.

Lorsque la maladie progresse et atteint le cerveau, des symptômes plus graves apparaissent : troubles du sommeil, somnolence durant la journée, difficultés de concentration, troubles du comportement, confusion mentale et problèmes de coordination.

Sans prise en charge, la maladie peut évoluer vers le coma puis entraîner la mort.

Grâce aux campagnes de dépistage et de lutte menées depuis plusieurs décennies, la Côte d'Ivoire a considérablement réduit le nombre de cas humains. Toutefois, les chercheurs estiment qu'une surveillance permanente demeure indispensable tant que les vecteurs sont encore présents dans l'environnement.

Une menace silencieuse pour l'élevage

La mouche tsé-tsé ne menace pas seulement l'homme. Elle transmet également la trypanosomose animale africaine, appelée « nagana », qui touche les bovins, les ovins, les caprins, les porcs et parfois les chevaux.

Les animaux infectés souffrent souvent d'anémie, d'amaigrissement, de baisse de production laitière, de problèmes de reproduction et d'une diminution de leurs capacités de travail.

Dans les élevages fortement touchés, la maladie peut provoquer d'importantes pertes économiques, réduire les revenus des éleveurs et compromettre la sécurité alimentaire des populations rurales.

Près d'une mouche sur cinq porteuse du parasite

L'étude révèle un niveau d'infection loin d'être négligeable.

Parmi les 5 645 mouches disséquées par les chercheurs, 986 étaient porteuses de trypanosomes, soit un taux global d'infection de 17,46 %.

Autrement dit, près d'une mouche sur cinq analysée contenait le parasite responsable des trypanosomoses humaines ou animales.

Les scientifiques précisent toutefois que toutes les espèces de parasites détectées ne sont pas dangereuses pour l'homme et qu'une mouche infectée ne signifie pas automatiquement l'apparition d'un foyer de maladie humaine.

Le Sud dominé par une espèce particulièrement adaptée à l'homme

L'espèce la plus répandue est Glossina palpalis palpalis, qui représente plus de 80 % des captures réalisées dans le pays.

Cette mouche est particulièrement préoccupante pour les spécialistes car elle est reconnue comme le principal vecteur historique de la maladie du sommeil en Côte d'Ivoire.

Très adaptable, elle peut se nourrir aussi bien sur l'homme que sur les porcs ou d'autres animaux domestiques lorsque ses hôtes sauvages se raréfient.

Elle est surtout présente dans les régions méridionales du pays, tandis que d'autres espèces dominent davantage les zones de savane du Nord.

La déforestation modifie la carte des mouches tsé-tsé

L'étude montre également que plusieurs espèces autrefois abondantes sont aujourd'hui en forte régression. Parmi elles, il y a celles qui ne subsistent pratiquement plus que dans des aires protégées comme le Parc national de la Comoé, le Parc national de Taï ou dans des réserves naturelles.

Selon les chercheurs, cette évolution est principalement liée à la déforestation, à l'expansion des cultures de cacao, d'hévéa, de café et d'anacarde ainsi qu'à la disparition progressive de la faune sauvage qui constituait les hôtes naturels de ces insectes.

Alors que certaines espèces disparaissent, d'autres, plus résistantes aux modifications de l'environnement, continuent de prospérer à proximité des villages et des activités humaines.

Un outil stratégique pour la santé publique

Pour les chercheurs, ce premier atlas constitue un outil majeur pour orienter les futures campagnes de surveillance et de lutte contre les mouches tsé-tsé.

Il permettra d'identifier les zones prioritaires d'intervention, de mieux protéger les élevages et de prévenir une éventuelle résurgence de la maladie du sommeil.

Les travaux se poursuivent désormais, afin d'intégrer les données sur la trypanosomose animale et de disposer d'une cartographie complète du risque sur l'ensemble du territoire ivoirien.



Rédaction

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