Abidjan, le vendredi 20 février 2026(SS)-Le Rapport de l’Union africaine sur les progrès accomplis dans la lutte contre le paludisme 2025, transmis à la rédaction, avertit sur la nécessité d’une action urgente si l’Afrique veut maintenir ses progrès enregistrés après une décennie de lutte contre le paludisme. Car, les projections évoquent la possibilité d’un retour à plus de 400 millions de cas et à plus d’1 million de décès par an, si aucune mesure forte n’est prise.
C’est pourquoi, réunis lors du 39e Sommet de l’UA en Ethiopie, les chefs d’État et des gouvernements ont lancé un appel pressant face à cette menace d’une aggravation majeure du paludisme sur le continent, le mercredi 18 février 2026.
Selon le document, une diminution de 30 % des financements entraînerait un choc sanitaire majeur. « Elle se traduirait par 640 millions de moustiquaires imprégnées en moins, 146 millions de cas de paludisme supplémentaires et 397 000 décès additionnels d’ici à 2030, dont 75 % concerneraient des enfants de moins de cinq ans », prévient le rapport. À l’horizon 2030, le continent pourrait perdre 37 milliards de dollars de produit intérieur brut. Plus grave, les projections évoquent la possibilité d’un retour à plus de 400 millions de cas annuels et à plus d’un million de décès par an si aucune mesure forte n’est prise.
« La convergence sans précédent de défis qui menacent l'élimination du paludisme s'est intensifiée. L'aide publique au développement (APD) pour la santé en Afrique a diminué de 70 % en seulement quatre ans, et la huitième reconstitution des ressources du Fonds mondial est loin d'avoir atteint son objectif de 18 milliards de dollars. Nous ne pouvons pas permettre que ces difficultés anéantissent des décennies de progrès qui ont permis d'éviter 1,64 milliard de cas et de sauver 12,4 millions de vies depuis 2000. », explique le président-Avocat, Duma Gideon Boko de la République du Botswana et d'ALMA.
Le même rapport relève qu'en 2024, les États membres ont enregistré 270,8 millions de cas de paludisme, soit 96 % du total mondial, et 594 119 décès, représentant 97 % des morts recensées dans le monde. Depuis 2015, les progrès stagnent. Seuls cinq pays ont atteint les objectifs du Cadre catalytique 2025 visant une réduction de 75 % de l’incidence ou de la mortalité. Ces objectifs s'inscrivent dans le cadre du Programme catalytique de l'Union africaine pour mettre fin au sida, à la tuberculose et éliminer le paludisme en Afrique d'ici à 2030.
Face à la crise du financement, les dirigeants africains ont réaffirmé leur engagement en faveur de la mobilisation des ressources nationales, de financements innovants et de l'élaboration de plans nationaux de viabilité du financement de la santé. Pour ce faire, 12 pays ont déjà mobilisé plus de 200 millions de dollars grâce à des partenariats public-privé.
Aussi, à travers le continent, les pays ont-ils intensifié leurs engagements de financement national pour la lutte contre le paludisme en 2025. Les dirigeants ont également appelé les partenaires internationaux à honorer leur part du partenariat, à renouveler le Programme de soutien à la lutte contre le paludisme de la Banque mondiale (Malaria Booster Programme) et à aligner leur soutien sur les stratégies nationales.
Le rapport souligne que le Programme initial de soutien à la lutte contre le paludisme de la Banque mondiale (2005-2010), a mobilisé plus d'un milliard de dollars et a permis d'obtenir des résultats majeurs. Ainsi, les dirigeants africains ont souhaité une relance de ce programme, afin de combler les déficits de financement. Ils envisagent de déployer des outils de nouvelle génération, de renforcer les programmes d'agents de santé communautaires et de bâtir des systèmes de santé résilients face au changement climatique.
« Le déploiement complet des outils existants et nouveaux, associé à un financement intégral, pourrait sauver plus de 13,2 millions de vies au cours des 15 prochaines années et stimuler les économies africaines à hauteur de plus de 140 milliards de dollars. Chaque dollar investi dans le Fonds mondial génère un rendement de 19 dollars. Nous avons les outils. Il nous faut désormais les ressources. », a affirmé Dr Michael Adekunle Charles, PDG du RBM Partnership to End Malaria.
Par ailleurs, l’Agence africaine des médicaments, comptant 31 pays signataires, et les Communautés économiques régionales harmonisent les cadres réglementaires, afin d'accélérer l'enregistrement de nouveaux produits sur le continent.
L'Organisation mondiale de la santé(OMS) a approuvé des vaccins antipaludéens pour les enfants de moins de cinq ans, avec 28,3 millions de doses distribuées en 2025, contre 10,5 millions en 2024 introduits par 24 pays. De plus, l'OMS a préqualifié deux produits répulsifs spatiaux en 2025, marquant la première nouvelle intervention de lutte antivectorielle introduite depuis des décennies. Un nombre record de 22 pays prévoyaient de mettre en œuvre une chimio prévention saisonnière du paludisme en 2025, précise le rapport.
Rish Koffi
