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Apprentissage des mathématiques : les limites du bilinguisme dioula-français mises en lumière au Burkina Faso

Apprentissage des mathématiques : les limites du bilinguisme dioula-français mises en lumière au Burkina Faso

Bamako, le mardi 18 novembre 2025(SS)-Une thèse de doctorat soutenue en 2015 par Oumar Lingani, sous la direction de Colette Noyau, met en lumière les obstacles que rencontrent les élèves des écoles bilingues dioula-français au Burkina Faso dans l’apprentissage des mathématiques. Au cœur de ces difficultés : la capacité limitée des apprenants à mobiliser leurs acquis linguistiques pour comprendre les notions mathématiques, un frein qui impacte autant leur motivation que leurs performances scolaires.

Issus d’un environnement fortement plurilingue, les enfants burkinabè arrivent pourtant à l’école avec un capital de connaissances et d’expériences valorisable. L’étude souligne qu’ils ne devraient pas être perçus comme de simples réceptacles à remplir, mais comme des acteurs de leur propre construction du savoir. D’où l’importance de placer l’élève au centre des processus d’enseignement et d’apprentissage.

Une immersion dans les classes bilingues

Les travaux du chercheur s’appuient sur des séquences filmées et transcrites dans une classe de l’école bilingue de Lafiabougou “B”. L’analyse de ces échanges verbaux, menée avec le logiciel CLAN, révèle que l’efficacité de l’enseignement dépend fortement de la gestion de l’oral et de l’écrit, aussi bien en langue première (dioula) qu’en langue seconde (français).

Selon Lingani, l’enseignant doit pouvoir établir des passerelles constantes entre les deux langues pour faciliter la compréhension des concepts mathématiques. Une approche qui permettrait aux élèves de développer des métaconnaissances, essentielles pour opérer des transferts d’apprentissage entre L1 et L2.

Faible usage de la reformulation

L’étude pointe également une difficulté récurrente : le faible usage de la reformulation par les enseignants. Déjà relevé par la chercheuse Colette Noyau (2010), ce manque prive les élèves d’un outil essentiel pour vérifier, clarifier et structurer leur pensée dans les deux langues. Pour Lingani, adopter des comportements métalinguistiques comparer les structures linguistiques, clarifier les consignes, expliciter les liens entre dioula et français constitue une condition essentielle pour améliorer l’apprentissage des mathématiques. Au terme de son analyse, le chercheur formule plusieurs préconisations, notamment : renforcer la formation des enseignants sur la gestion conjointe de l’oral et de l’écrit en L1 et L2 ; intégrer des techniques de reformulation didactique adaptées aux deux langues ; encourager des pratiques métacognitives permettant aux élèves de mieux comprendre leur propre processus d’apprentissage.

Cette thèse apporte ainsi une contribution majeure à la réflexion sur l’enseignement bilingue au Burkina Faso. Elle rappelle que la réussite scolaire passe non seulement par des méthodes didactiques adaptées, mais aussi par une valorisation des ressources linguistiques que les élèves portent en eux.

Fabrice Nouzianyovo

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